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Danielle Baudot-Laksine, « Que sont mes amis devenus ? », Tome 4 de La Pierre des Juifs, Ed. du Bergier

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Danielle Baudot-Laksine (DBL), « Que sont mes amis devenus ? », 

Tome 4 de La Pierre des Juifs, Ed. du Bergier

 

 

 


Au départ de cette vaste fresque une rencontre déterminante : « Charlot ».

C’était en 1966. Née dans la région, DBL connaît la région de la Vésubie depuis son enfance. Cet arrière-pays de la Côte d’Azur, la nature, les balades en famille avec son père…

Elle avait entamé depuis des années la rédaction de la chronique paysanne de la région. Profondément touchée par la générosité de Charly (Charlot Blanchi d’Angeletou), elle recueille son récit des années de guerre.

Le 11 novembre 1942 les Nazis envahissent la «zone libre» et les soldats italiens occupent la région de Nice. Le Comité d’accueil aux réfugiés du Boulevard Dubouchage (à Nice) installe les familles juives dans le massif du Mercantour où elles sont assignées à résidence dans les villages. L’arrivée des troupes d’occupation allemandes les contraint à chercher refuge plus haut - dans la montagne - afin d’échapper aux poursuites.

La solidarité s’organise. Pour les villageois, des Juifs ? On ne sait pas trop ce que cela signifie : ils n’ont pas la même église, font leur dimanche le samedi. Quant au médecin juif, il déclare ne pas avoir de religion. Difficile de comprendre ce qui en est ! Sauf qu’il faut les aider.

Charly, berger, bûcheron, contrebandier lorsqu’il y avait de moins en moins à manger, devient pasteur pour mener les familles dans la montagne vers l’Italie. « Ils marchaient si mal », disait-il. « Ils n’avaient pas l’habitude, étaient exténués ». Il cachait les jeunes filles dans sa grange, leur apportait une grosse soupe aux fayots dans de vieilles boîtes de conserves.

Profondément touchée par ce récit, DBL veut tout savoir, encore et encore. Mais Charly meurt brutalement. DBL tente de reconstituer sa vie, emblématique de celle de chaque habitant de la vallée au cours de ces sombres temps. Elle cherche, note, photographie, enregistre, consigne…

Dans un deuxième temps, elle part à la recherche des témoins, ceux qui ont été sauvés. Et elle les retrouve : aux Etats-Unis, en Israël, en Italie, en France… Elle organisera ensuite leur séjour dans la Vésubie. Ils vont retrouver leurs sauveurs (ou leurs descendants). Partout les villageois prennent ainsi conscience de l’importance des documents et photographies de l’époque. Grâce à son sens extraordinaire du contact – c’est une enfant du pays qui comprend leur patois – DBL suscite immédiatement la confiance : on les lui remet. Et dorénavant, lorsque l’on retrouve une boîte en fer blanc contenant des documents d’époque ou de vieux clichés, on les lui apporte spontanément. Pièces cruciales, mais le plus souvent ignorées des historiens professionnels.

Et c’est ainsi que – petit à petit – elle parviendra à reconstituer l’histoire de la Vésubie pendant l’Occupation. Et à faire reconnaître comme Justes un certain nombre de sauveurs. Il s’agissait le plus souvent de personnes effacées, sans prétention aucune, qui n’auraient jamais imaginé de réclamer une reconnaissance pour des actes de solidarité qu’il leur paraissait tellement « normal » d’accomplir. 

Mais si DBL n’est pas historienne de formation, elle est bien davantage qu’un simple chroniqueur : jouissant de la confiance aveugle des villageois, elle a obtenu l’accès à des sources inconnues des historiens officiels, ce que certains de ces derniers ne lui pardonnent pas…  Et elle prend soin de confronter et de recouper les différentes informations recueillies, travail de terrain qui lui permet de reconstituer, à l’écoute des « petites gens »,  une histoire - largement ignorée  - de la solidarité manifestée par les villageois de la Vésubie vis-à-vis des Juifs persécutés. 

Dans ce quatrième tome, elle continue à faire parler les témoins sauvés. Mais précautionneusement, craignant de réveiller les vieux démons de la souffrance.

Il y avait urgence : les survivants à même de témoigner sont aujourd’hui très très âgés, ont la mémoire parfois diluée et sortent souvent pour la première fois de leur silence. Pour nombre d’entre eux, le fait de retrouver  - après soixante-dix ans ! - le cadre, les lieux, les personnes qui avaient marqué leur hébergement, a fait rejaillir subitement une foule de détails oubliés. Ainsi, on reconnaît la grange restaurée, le rocher (dite « Pierre des Juifs », fente dans le rocher comportant une ouverture en forme de triangle à l’intérieur de laquelle deux à trois personnes pouvaient s’abriter), cache précieuse où l’on se dissimulait en route vers le versant italien des Alpes…

     

Micheline Weinstock

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